Les produits laitiers et « le paradoxe du calcium »

Aujoud’hui toutes les études indépendantes pointent du doigt “le paradoxe du calcium”, c’est-à-dire que ce sont les populations qui mangent le plus de produits laitiers tout au long de leur vie qui ont paradoxalement le taux de fracture le plus élevé.

Ce sont les suédois qui détiennent ces deux records mondiaux : celui de la consommation de laitage et celui des fractures du col du fémur.

Le spécialiste incontesté du calcium est américain, c’est le Pr Mark Hegsted, de l’université de Harvard, il est chercheur.

Selon lui, si l’on consomme trop de calcium trop longtemps, le corps perd sa capacité à contrôler le métabolisme du calcium.
Normalement le corps utilise la forme active de la vitamine D, le calcitrol pour régler le volume de ce qu’il absorbe à partir des aliments et de ce qu’il élimine.

Lorsque l’alimentation apporte peu de calcium, le calcitrol aide à le retenir et réduit son élimination.
A l’inverse, lorsqu’il y a beaucoup de calcium dans l’alimentation, le corps n’en retient qu’une petite partie et élimine l’excès.
C’est la raison pour laquelle en Asie ou en Afrique, les populations qui consomment peu de calcium en retiennent malgré tout suffisamment pour se mettre à l’abri des maladies osseuses.
Mais avec le temps, pense le Pr Hegsted, l’excès de calcium peut perturber définitivement ce mécanisme ; c’est alors que l’on perd la capacité à utiliser efficacement le calcium alimentaire et à le conserver dans les os lorsqu’on est âgé.

A cela, vient se rajouter le mécanisme et les capacités du remodelage osseux.
L’os est un organe dynamique en régénération permanente: du vieil os est périodiquement détruit et éliminé tandis que du nouveau matériau osseux est fabriqué sur le même site.
Ce processus, qu’on appelle remodelage, fait que le squelette d’un adulte est régénéré tous les 10 ans.
On pense que le remodelage sert à réparer les dégâts liés à l’usure et au stress supportés par l’os et à prévenir son vieillissement.
Le but du remodelage est donc essentiellement d’empêcher qu’un matériau osseux trop vieux s’accumule dans le squelette.
ostéobalste et ostéoclasteLa résorption du tissu osseux est une tâche qui revient à des cellules très spécialisées les otéoclastes.
La formation d’os neuf est du ressort d’une autre catégorie de cellules ; les ostéoblastes.
L’élimination du vieux tissu osseux et la formation du nouveau ne sont pas deux processus distincts. L’ostéoblaste et l’ostéoclaste appartiennent à une structure commune temporaire qu’on appelle : l’unité multicellulaire basique ou BMU (pour basic multicellular unit).
Le BMU se déplace vers une région de l’os qui doit être remplacé. Selon la nature de l’os, il creuse un tunnel ou une tranchée à cet endroit grâce aux ostéoclastes qui adhèrent au tissu osseux et l’élimine par acidification et digestion.
Le BMU avance, libérant le site pour les ostéoblastes situés à l’arrière qui entrent dans la cavité et la meublent en sécrétant des protéines qui constituent la matrice osseuse sur laquelle le calcium se dépose.
Pendant ce processus, les ostéoclastes et les ostéoblastes meurent ou sont éliminés.
Cette mort cellulaire programmée est caractéristiques des tissus qui se régénèrent.
Un ostéoblaste vit 3 mois en moyenne, et un ostéoclaste 2 semaines.
Le BMU, lui, a une durée de vie de 6 à 8 mois. Pour que le BMU fasse correctement son travail de remodelage, il doit être approvisionné en permanence par de nouveaux ostéoblastes et ostéoclastes.
Les ostéoblastes ne se reproduisent pas ou peu. Ils sont “fabriqués” dans des cellules souches de la moelle osseuse.
Et voilà le hic, la capacité de nos cellules souches à engendrer des ostéoblastes est limitée.
Avec l’âge, leur nombre diminue. Cela signifie que ces cellules ne peuvent pas indéfiniment approvisionner l’os en ostéoblastes. Leur stock fini par décliner.
Contrairement à ce que l’on peut penser, la stratégie mise en place par l’évolution pour conserver des os en bonne santé ne consiste pas à stimuler pendant des décennies la production d’ostéoblastes au risque d’épuiser leur stock prématurément.

C’est le moment venu de retourner à nos produits laitiers et au “paradoxe du calcium”.
Les laitages renferment des protéines qui stimulent la prolifération des ostéoblastes.
Le calcium laitier lui-même semble activer le remodelage osseux, ce qui n’est pas observé avec d’autres formes de calcium.

Les laitages contiennent un autre facteur important de la prolifération des ostéoblastes, une substance appelée IGF-1 (pour insulin-like growth factor-1).
L’IGF-1 est un moteur de la croissance et de la réplication de toutes les cellules.
Non seulement les laitages apportent de l’IGF-1, mais ils élèvent indirectement le taux d’IGF-1 dans le plasma.
Or l’IGF-1 augmente fortement le remodelage osseux et stimule les ostéoblastes.
Nos gênes sont vieux de 7 millions d’années alors que les laitages sont apparus il y a moins de 10.000 ans.
Nos ancêtres ne connaissaient pas de grandes quantités d’aliments acidifiants apportant du calcium et de l’IGF-1. Nos cellules souches qui donnent naissance aux ostéoblastes ne sont pas conçues pour s’accommoder d’une telle stimulation.

ostéoporoseEn consommant de grandes quantités de laitages tout au long de la vie, on acquiert une densité osseuse élevée dans la première partie de l’existence, mais ce stress imposé aux ostéoblastes et aux cellules souches qui les produisent a un coût : l’épuisement avant l’heure de la population des cellules souches et leur capacité à approvisionner l’os en ostéoblastes.
Cet épuisement est amplifié par les effets de l’âge et, chez la femme, par la chute des hormones après 50 ans (la présence des hormones féminines freine la résorption osseuse, leur absence l’accélère).

Lorsque l’on consomme dès l’enfance de grandes quantités de calcium laitier – les 3 à 4 laitages conseillés par les nutritionnistes – et ce jusqu’à la fin de notre vie, nous prenons le risque d’épuiser prématurément notre potentiel de fabrication d’ostéoblastes et donc nous augmentons notre risque de souffrir d’ostéoporose.

En ce qui concerne la densité osseuse, le calcium n’est qu’un des éléments constitutif d’un processus de remodelage osseux.
Le premier risque de déminéralisation et donc de fracture, en tant que jeune adulte, est l’hyperacidification.
Cette hyperacidification est la résultante de notre régime alimentaire, à savoir, trop de protéines animales (très acidifiantes : viandes, poissons, œufs, produits laitiers), de sucre, de sel, de produits industrialisés et pas assez de légumes et de fruits.
Les éléments acidifiant stimulent la destruction du tissu osseux parce que le carbonate de calcium des os est utilisé par l’organisme “pour tamponner” l’excès d’acide.

Les produits laitiers sont en général recommandés par les nutritionnistes à la population en générale, et aux sportifs en particulier, pour deux raisons : l’apport en calcium et l’apport en protéines “de bonne valeur biologique”.
En ce qui concerne les protéines, aucun risque de carence n’est signalé dans les pays industrialisés, toute personne mangeant à sa faim, a sa ration de protéines. Il n’y a que dans les pays en voie de développement où les gens souffrent de malnutrition qu’on observe des carences en protéines. Chez nous, ce serait plutôt des carences en vitamines, minéraux, enzymes, …

Les protéines se trouvent partout, dans les viandes, les poissons, les œufs, les produits laitiers, les légumineuses, les céréales, les oléagineux, les algues, et même les légumes. Peu dans les fruits.
Même les végétariens risquent de manger trop de protéines, des aliments comme le tofu, les algues, mais aussi les légumineuses en contiennent autant et parfois plus que la viande, le poisson, les œufs et les laitages. Les protéines végétales étant par ailleurs moins acidifiantes que les protéines animales.

Il faut rajouter à ça que de plus en plus de gens ne digèrent pas bien les produits laitiers (manque de l’enzyme lactase pour digérer le lactose). Lorsqu’il n’est pas transformé dans le tube digestif, le lactose provoque des douleurs intestinales et des diarrhées.

produits laitiersLes produits laitiers ne sont donc pas incontournables.

Si leur goût vous plaît et que vous les digérez, vous pouvez en consommer raisonnablement, mais en tous les cas pas 3 à 4 par jour si vous voulez garder des os en bonne santé toute votre vie …