Peut-on encore manger des pommes? une enquête d’Envoyé Spécial

pomme

Nous mangeons des pommes toute l’année, et nous voulons des pommes parfaites, sans un défaut, croquante, ronde, …
Mais qu’est-ce que cela implique? ces pommes sont-elles encore bonnes pour la santé?
Une enquête d’envoyé spécial nous dévoile les dessous de la pomme pour le consommateur, mais également pour les ouvriers agricoles et les riverains de ces énormes exploitations de pommes où l’on ne fait pas moins de 52 pulvérisations par an.

Les journalistes d’Envoyé Spécial ont d’abord rencontré un jeune exploitant de 35 ans qui a acheté le brevet en exclusivité pour la France d’une nouvelle pomme « Red Love ».
Non content de pulvériser 30x ses pommiers, l’exploitant leur fait subir un traitement de conservation : le smart fresh, un traitement hormonal qui bloque production d’éthylène qui est à l’origine de la maturation et du vieillissement de la pomme. Quasi toutes les pommes du commerce sont traitées avec ce produit.
l’exploitant nous dit qu’à partir de ce moment là, la pomme garde toutes ses propriétés nutritives pendant un an.
Après analyse auprès d’un laboratoire, il n’en est rien, au bout d’un mois, la pomme a déjà perdu 25% des phénols, antioxydants, vitamines A et C, nutriments bénéfiques de la pomme. Au bout d’un an, la pomme est toujours agréable à manger, croquante mais vide …
Confronté à ces résultats, l’argument de l’exploitant : l’exigence du consommateur.

Le Limousin, c’est LA région de la pomme en France, la culture de la pomme, s’appelle la pommiculture. On y produit 100.000 tonnes de pommes par an.
Les journalistes tentent d’obtenir un rendez-vous auprès l’association « pommes du Limousin » qui représente les pommiculteurs de la région.
La réponse « personne ne souhaite répondre. Ils ne veulent pas aborder les sujets sensibles. »
Les seuls qui acceptent de leur parler sont les riverains partis en guerre contre les pesticides.
Ces riverains se sentent cernés par ces pesticides, les exploitations arrivent au bords des jardins, à chaque pulvérisations ils sont entourés d’un nuage toxique, les promeneurs racontent se faire asperger par ces pesticides.
Jardins, piscines, potagers … rien n’échappe aux pulvérisations.
Au moment des pulvérisations, tout le monde rentre à l’intérieur des maisons, les vitres dégoulinent de gouttelettes de produits chimiques.
Les riverains comptent pas moins de 52 pulvérisations par an.
Les journalistes proposent de faire analyser une mèche de cheveux d’un riverain. Les cheveux gardent la trace de nombreuses substances pendant des mois.
Ils font la même opération pour un ouvrier agricole qui a désiré garder l’anonymat et qui affirme que leur patron les oblige à travailler juste après les pulvérisations, les normes de sécurités ne seraient pas respectées …

Les échantillons partent dans un laboratoire dirigé par le président de la société française de toxicologie.
Chez l’ouvrier agricole, on y trouve : 2 herbicides, 2 fongicides et 1 insecticide, produits cancérigènes, neurotoxiques et perturbateurs endocriniens.
Chez le riverain, on trouve 1 fongicide. Tous ces produits comportant clairement « des risques pour la santé ».

On enchaîne avec l’interview d’une médecin généraliste depuis 40 ans dans le Limousin, Anne-Marie Soulier.
Elle affirme qu’il y a bien une augmentation anormale de certaines pathologies, une espèce d’épidémie de maladies neurologiques.
Elle relate le cas, fin des années 90, d’une agricultrice de 60 ans, une forte femme, qui en 6 mois est devenue comme « un légume ».
Elle a aussi observé un nombre de cancer de la prostate très important.
Tous ces constats sont appuyés par des rapports officiels, comme celui de l’inserm datant de 2013.

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Ces données étant officielles, elle estime que c’est une situation de « non assistance à personnes en danger »!

Mais quels sont les dangers pour le consommateur de pommes?
3 pommes sont envoyées en laboratoire : 1 pomme bio, 1 red love et une golden du Limousin.
Seule la pomme bio ne présente aucun pesticide, la plus chargée est celle du Limousin, mais les quantités de pesticides présents sont en dessous des normes européennes.
Malgré tout, les produits présents sont des cancérigènes et perturbateurs endocriniens même à faible dose.
Contrairement aux idées reçues, il ne suffit pas de peler la pomme pour enlever les pesticides. Il faudrait enlever au moins 5 à 8 mm pour enlever « l’essentiel » des pesticides, mais donc aussi une grosse partie des vitamines qui se trouvent juste sous la peau.

La journaliste se pose alors la question : « y a-t-il un autre horizon pour la pomme, est-il possible de manger, encore, ce fruit si présent dans notre alimentation, sans pesticides ni conservateurs? »
Dans le Limousin, ils ont trouvé un petit village d’irréductibles qui défend la pomme originelle.
Il y a des milliers de variétés qui poussent à l’état naturel et que l’on a oublié.
Séance découverte dans la salle des fêtes d’une petite école. Des pommes aux couleurs et aux goûts surprenants que nulle part ailleurs on ne voit.
Dans la grande distribution, on trouve 12 variétés, sur cette commune pousse une bonne centaine de pommes de variétés différentes.
Ces fruits sont cabossés, tâchés, il ne faut pas se fier à l’aspect, ils sont croquants, juteux, plein de goûts.
Ils distribuent alors des greffons aux particuliers. En 10 ans, à force de conseils, ils ont recolonisé les jardins alentours.
Ce sont des pommiers sauvages. Près d’un millier de pommiers replantés.

Des pommes à consommer de l’automne au printemps, au rythme des saisons, ce que les consommateurs et les producteurs feignent d’ignorer …