La diététique du QI

•    Quel rôle joue l’alimentation sur le QI des enfants ?
•    Comment l’optimiser pour répondre aux besoins du cerveau ?
•    Peut-on réellement améliorer l’intelligence d’un enfant en changeant son alimentation ?
•    Les compléments alimentaires sont-ils utiles ?

Peut-on rendre un enfant plus intelligent rien qu’en changeant son alimentation ?

En répondant par l’affirmative, le docteur Stephen Schoenthaler, professeur de sociologie et criminologie à l’Université de Californie (Turlock) a déclenché il y a 15 ans en Grande-Bretagne un véritable séisme dont les ondes de choc sont loin d’être dissipées.

Prenez deux groupes d’élèves comparables qui viennent de subir un test de QI. Au premier, vous donnez chaque jour un complément de vitamines et minéraux qui apporte 100% des doses recommandées. Au second, vous donnez un placebo. Après 3 mois, vous mesurez le niveau d’intelligence dans chacun des groupes.
Cette expérience, Stephen Schoenthaler l’a menée en Californie (1), et la BBC l’a invité en 1991 à en divulguer les résultats.
Une expérience similaire, est conduite au même moment au Pays de Galles, et est parvenue aux mêmes résultats (2).
Devant des millions de foyers stupéfaits, Stephen Schoenthaler explique posément que les deux études aboutissent à des conclusions identiques : les suppléments de vitamines ont fait grimper de 3,7 points en moyenne le QI non-verbal des enfants traités, par rapport au groupe placebo. Le QI non verbal est la partie de l’intelligence mesurée qui dépend le plus fortement de l’environnement.

« Le résultat sur la population a été incroyable. Les gens se sont littéralement rués sur les suppléments de vitamines », se souvient le docteur Schoenthaler.
L’événement devient affaire d’état. « Ces deux études constituaient un camouflet pour les institutions médicales britanniques qui répétaient jusqu’alors au public que l’alimentation apporte tout ce qui est nécessaire, » juge Stephen Schoenthaler.
La Couronne britannique intente alors une action en justice contre le fabricant de compléments alimentaires Vitachieve (fabricant dont les compléments ont été utilisés dans le cadre de l’étude et qui s’en est servis pour promouvoir ses ventes), accusé de publicité mensongère.
Je vous passe les détails il sera finalement condamné à payer la somme de  … 1000 livres.

Vitamines et minéraux : les preuves s’accumulent

Mais aujourd’hui, tout semble conforter Stephen Schoenthaler dans sa démarche première. Lui-même a publié une analyse en cumul de 13 études de supplémentation en double aveugle : elle a conclu que d’une manière générale les enfants qui avaient reçu un supplément faiblement dosé de vitamines et minéraux ont eu de meilleures performances en termes de QI non verbal que ceux qui avaient reçu un placebo, avec une amélioration moyenne de 3,2 points (4).
En effet, Schoenthaler n’est pas le seul à avoir donné des vitamines à des enfants.
En 1988, par exemple, l’écossais David Benton a amélioré le QI d’enfants âgés de 12 à 13 ans en leur donnant un supplément pendant 8 mois.
L’étude a été publiée dans le Lancet (5) Benton a reproduit ces résultats chez des écoliers de 6 ans (6).

Schoenthaler a aussi conduit une nouvelle étude pendant 3 mois auprès de 245 enfants du même âge. Les enfants qui ont reçu le supplément faiblement dosé ont connu en moyenne une augmentation de 2,5 points de leur QI non verbal par rapport au placebo.

Comment ça marche?

•    Les vitamines B3, B6, et C sont impliquées dans la synthèse de la noradrénaline, le neurotransmetteur du cerveau nécessaire à la concentration et l’éveil

•    La vitamine B1 participe à la synthèse d’acétylcholine, le neurotransmetteur de la mémorisation. La vitamine B1 a aussi des propriétés neurotransmettrices propres.

•    Les vitamines B9, B12 et B6 sont nécessaires à la synthèse des 2 neurotransmetteurs ci-dessus et à la qualité des phospholipides membranaires. Elles jouent un rôle dans l’efficacité de la transmission des signaux.

•    Des taux faibles de ces vitamines, sans relever de la carence, se traduisent par une baisse de l’activité globale, de la concentration, de la mémorisation, des comportements sociaux et de la participation et une vulnérabilité accrue au stress.
Chez ces personnes, l’administration de suppléments ou une alimentation plus dense en nutriments améliore la plupart de ces paramètres.

•    Les acides gras à longues chaînes oméga-3 et oméga-6 sont indispensables à la maturation des structures du cerveau.

Rien de magique pourtant. Les suppléments de vitamines, minéraux, acides gras viennent simplement compenser les insuffisances de l’alimentation, en rétablissant le niveau de certains nutriments qui sont importants pour la vigilance et la mémoire.
D’ailleurs l’élévation du QI épouse assez fidèlement l’augmentation du taux de vitamine C dans le plasma.
Et l’effet sur le QI est d’autant plus fort que l’enfant s’alimente mal.
Autant dire que les enfants qui s’alimentent bien ne devraient pas voir leur QI progresser lorsqu’on leur donne un peu plus de vitamines et de minéraux.

Un cerveau oméga-3

Le cerveau dépend pour son développement de graisses à longues chaînes que sont l’acide arachidonique (AA), de la famille oméga-6 et l’acide docosahexaénoïque (DHA) de la famille oméga-3.
On les trouve surtout dans les coquillages, les batraciens et les poissons.
Michael Crawford, un spécialiste du cerveau et des oméga-3 à l’université de Londres, pense que si l’espèce humaine a hérité d’un gros cerveau si performant, elle le doit aux oméga-3.
Nos ancêtres préhistoriques vivaient sur les rivages des lacs de la vallée du Rift en Afrique de l’est, où poissons et coquillage abondaient. « Les femmes de l’âge de pierre, dit-il, auraient très facilement pu manger ces sources de nutriments bons pour le cerveau, y compris pendant la grossesse et la lactation, et nourrir aussi leurs enfants, qui participaient probablement à la collecte de coquillages. »

Comment tout a commencé : la plus importante étude nutritionnelle au monde

Si un médicament avait eu le même effet, il aurait fait la une de tous les journaux de la planète et fait de son fabricant un multimilliardaire.
Au lieu de ça, l’expérience colossale menée par Stephen Schoenthaler et Alexander Schauss de 1979 à 1982 a connu un enterrement de première classe.

Qui parmi vous en a entendu parler ?

Toujours est-il qu’ils ont testé pendant près de 4 ans un régime alimentaire pauvre en sucre, en colorants et conservateurs de toute sorte, donc plus riche nutritionnellement, sur… un million d’enfants !  Vous avez bien lu.
L’étude avait été commandée par le New York City Board of Education.
En l’espace de quelques années, les notes moyennes ont progressé de près de 16% et le classement moyen des écoles new-yorkaises d’autant (9).
Parmi les 124 000 enfants qui ramaient en grammaire et mathématiques, 75 000 ont progressé spectaculairement à la suite de ce simple changement alimentaire.
Les résultats de cette étude ont tellement frappé les esprits que le programme n’a pas été reconduit à New York, sous la pression de l’industrie agro-alimentaire, disent certains.
Il sera appliqué brièvement en Californie, avant qu’un organisme officiel, The California Council against Health Fraud l’enterre définitivement à la fin des années 1980.
Selon cet organisme, un régime pauvre en sucre et en additifs, riche en vitamines et minéraux est « inefficace, dangereux et coûteux. »

Les études de Schoenthaler et des autres ont à tort été interprétées comme une incitation à bourrer les enfants de comprimés de vitamines. Schoenthaler assure que chez les enfants les moins bien lotis sur le plan nutritionnel, des améliorations du QI non verbal seront tout aussi sûrement obtenues par une alimentation moins sucrée, plus riche en fruits et légumes.

Malgré tout, ces études continuent de déranger car elles bousculent cette vieille idée selon laquelle « l’alimentation couvre tous nos besoins. »
Schoenthaler est régulièrement pris à partie par certains nutritionnistes et groupes consuméristes.
Ces attaques laissent Stephen Schoenthaler de marbre : «Ils me critiqueront jusqu’à leur dernier souffle. ».

Bibliographie
(1) Schoenthaler, S.J. (1991). Controlled trial of vitamin-mineral supplementation on intelligence and brain function. Personality and Individual Differences, 12(4), 343-350
(2) Benton, D. (1991). Vitamin and mineral supplements improve intelligence scores and concentration of six-year old children. Personality and Individual Differences, 12 (11), 1151-1158.
(3) Nelson M. Vitamin and mineral supplementation and academic performance in schoolchildren. Proc Nutr Soc. 1992 Dec;51(3):30